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Beaucoup de gens maintenant recherchent des "brèves". Il faut aller vite à l'essentiel (mais l'essentiel n'est-il pas de profiter lentement du superflu ? D'approfondir ? De détailler ? De
réfléchir ? De contempler ?). Alors pour ceux qui seraient rebutés par des fables de plus de quarante vers, pour les amateurs de "best of", et pour ceux qui aiment survoler avant de décider de se
poser, voici un paquet de moralités et pensées diverses tirées de mes fables...
Heureusement dans notre société,
nous avons un souci d’égalité
qui compense. Les moches et les nuls
ont accès à la gloire, et les crapules
à la richesse. Alors que les génies
peuvent être inconnus, voire maudits.
Le talent, Dieu merci, n’est pas marié
avec la réussite, et les lauriers
vont souvent sur des têtes sans mérite.
Ecrire une fable est un jeu d’enfant.
C’est dire la difficulté pour un adulte.
Les hommes, délivrés de l’oppression,
essaient la liberté comme un habit trop large.
Ils trébuchent dans leurs révolutions,
et cherchent l’équilibre en reprenant des charges.
Soyons inattentifs et gardons nos distances.
Nos proches, c’est de loin souvent qu’on les voit bien.
On regarde parfois avec trop d’insistance,
on voudrait les aimer… On n’y comprend plus rien !
il faut savoir retrouver sa maison,
la poussière de son escalier
et le reflet de son visage
sans aucun maquillage
dans son miroir ironique.
C’est là qu’est notre vie. Unique.
C’est ainsi que dans certains pays
on punit ceux qui ont obéi,
tout en offrant de vraies fortunes
à ceux qui ont donné les ordres.
On flatte ceux qui savent mordre.
Et les mordus ont si peu de rancune…
La réussite est dans la communication.
Le slogan, le logo, le symbole l’emportent.
C’est moins par le génie que par l’obstination
qu’on accroche les gens et qu’on ouvre les portes.
Comment dire ce qui nous ronge ?
A son mari parti au front pendant la guerre,
la femme écrit : « j’ai planté les pommes de terre ».
Les paroles ne sont que le dépôt des songes.
Vouloir trop préciser les contours du mystère,
c’est envoyer les mots au devant du mensonge.
Le ridicule peut déclencher
l’hilarité. Parfois le mépris.
Rien de mortel ! S’il est attaché
au pouvoir, à Dieu, à la patrie,
si le ridicule est officiel,
il devient respectable et glorieux.
N’est plus ni sot ni artificiel
celui qui se fait prendre au sérieux.
Le mieux est souvent l’ennemi du bien,
dit-on, et changer pour changer,
courir après le neuf et fuir devant l’ancien
sans se demander d’où vient le danger,
vouloir être un autre sans savoir qui on est,
pour chaque nouveauté être tout feu tout flamme,
c’est oublier le peu que l’on connaît.
Et c’est ce qu’on ignore qu’on proclame !
… Il faut des anciens, des modernes.
Car je sais qu’on ne peut arrêter le progrès.
Mais je crois bien que, par un mécanisme interne,
il déclenche lui-même ses freins, ses arrêts.
Avoir tort avec tout le monde est plus facile
qu’avoir raison tout seul devant des imbéciles.
« Ah, nous voilà bien avancés !
Entre un qui parle sans penser,
et l'autre qui pense sans parler ! Quel gâchis !
Y aurait-il si peu de discours réfléchis ?
Allez, causeurs impénitents
et philosophes rebutants,
vous ne servez à rien qu'à agacer le monde !
Il faut bien que le verbe et l'idée se fécondent. »
… il faut savoir faire la grimace.
L'apparente facilité n'attire guère.
Les gens n'aiment pas les feux sans fumée.
Au début, devant l’injustice, on se révolte.
On clame, on réclame, on se bat.
Voyant le grand désordre parfois qu’on récolte,
on se dit qu’il vaut mieux modérer le débat.
Pour garder sa conscience, on proteste, on s’indigne.
Les avertissements sont rarement sans frais :
pour échapper au pire alors on se résigne.
Cherchant le moindre mal, on sacrifie le vrai.
Souvent pour corriger les faits inacceptables
qu’on admet par faiblesse ou par nécessité,
pour n’être plus victime, on se risque en coupable,
infligeant à autrui un sort immérité.
L’ordre des choses… Ce n’est guère
que le cahin-caha de nos petits désordres.
La musique adoucit les mœurs…
Quand les hommes se meurent
dans les incendies qu’ils allument,
il faut bien souvent qu’ils parfument
leur puanteur fanatique
par quelques notes poétiques…
Si un puissant demande votre avis,
ce n’est pas le vôtre qu’il faut émettre,
mais le sien. Un chien ne mord pas son maître.
On se renie soi-même,
on se confie aux apparences.
Bien souvent l'on ne s'aime
qu'en étouffant sa différence.
De façon populaire captiver les monarques,
et de façon princière toucher les roturiers,
ce qui revient au même - faut-il qu'on le remarque ? -
voilà pour un artiste la vraie gloire du métier.
Poivre et sel pourraient s'unir
autant que l'huile et le vinaigre...
Mais on n'a pas le même avenir
quand on est blanc, quand on vit nègre.
Et l'homme suit ce cortège.
Il court après l'Amour, se heurte à la folie,
Embrasse un peu la Haine, et ce drôle de manège
Entraîne toute sa vie...
Des lubies du pouvoir l'art peut-il s'arranger,
ou, en dépit de tout, doit-il les déranger ?
Ou si vous préférez, entre ces deux puissances,
laquelle doit gouverner : l'argent, ou la conscience ?...
Combien d'hommes, sans pudeur,
prennent des merveilles pour cible,
pensant qu'il leur sera ainsi possible
de passer pour des connaisseurs !
Corriger, fustiger... enfin, dire du mal,
c'est pour eux la meilleure manière
de jouer les experts.
Admirer serait tellement banal...
Mais l'humain face à lui n'a pas de prédateur,
et constatant qu'il fait lui-même son malheur,
il meurt pour des raisons obscures et intimes,
à force de croiser des bourreaux, des victimes...
Amants, heureux amants, ne cherchez pas d’abri.
Ne vous réfugiez pas dans un morne bien-être.
Ne vous laissez pas prendre si vous êtes épris.
L’aventure s’éteint en fermant la fenêtre.
L’intérêt est dans la difficulté.
L’attrait est dans l’obstacle.
Le plaisir, c’est l’aspérité.
L’insolite fait le spectacle.
Une vie lisse et facile est sans passion.
Aimer, c’est aimer les complications.
On a toujours assez de force et de courage
pour supporter l’horreur qui s’abat sur autrui.
Le drame offre l’attrait de mettre en étalage
tous ses bons sentiments, et d’en cueillir les fruits.
Qui n’accepterait pas, pour vivre sans danger,
de devenir mouton aux ordres d’un berger ?
Echange liberté contre sécurité.
Le marché est vital, dit la publicité.
Chacun, avec le désir d’apprendre,
a le besoin de ne pas comprendre.
Envie de science et besoin de Dieu,
que choisir en regardant les cieux ?
La lune s’étudie, mais pas trop.
Elle est à Colombine et Pierrot
autant qu’à Newton et Copernic.
Une phrase débile est lancée
par un grand homme : grande est la phrase !
La même sentence est prononcée
par un petit : c’est lui qu’on écrase…
Le champion du bonheur fut pris de doute :
les consécrations, il les avait toutes,
et pourtant il sentait que maintenant
il y avait un manque. Certes inconvenant,
Mais réel. Il lui manquait un atout
pour être heureux : c’est de n’avoir pas tout !
L’homme n’est pas souvent conforme à son image.
Qui exhibe un nez rouge a peur du désespoir.
Qui porte un voile noir rêve de dérisoire.
Au lever du rideau, chacun son personnage…
Les gens veulent des rois pour les rêves, mais n’admettent
que des égaux pour la réalité. De cette
contradiction naissent d’éphémères idoles,
couronnées de carton pour des talents frivoles…
On ne discute pas avec un ours
qui vous a mis la patte sur l’épaule…
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Le premier tome de mes fables, intitulé "La revanche du corbeau", est publié aux éditions Thôt.
(ceci n'est pas une moralité, mais un simple rappel !)
Le second tome, intitulé "La démarche du crabe" vient de sortir, également aux éditions Thôt.